3 jours à la Clicker Expo 2014

Posté par le oct 21, 2014 dans Blog éducateur canin | 0 commentaire

“Je vous demanderai de ne pas débattre sur telle ou telle phrase ou idée que vous pourriez trouver dans cet article. J’ai pu mal traduire, mal comprendre, mal interpréter, mal retranscrire, ce que j’ai entendu. Ceci n’est pas non plus une prise de note ou une traduction. J’ai interprété l’ensemble avec ma culture et mon niveau de connaissances. Je respecte le travail des intervenants et cela vaut vraiment le coup de venir voir par soi-même ce qu’ils ont à partager. Je vous fais part de mon expérience et des savoirs partagés puis interprétés qui m’ont le plus touché.”

Enfin à la maison ! Ce n’est pas que j’ai passé du mauvais temps à Bolton-UK durant la clicker expo 2014 mais comme beaucoup d’entre vous, j’ai toujours une sorte d’anxiété de séparation lorsque je m’éloigne de mon Gabou. Avoir un animal de compagnie c’est aussi toujours être heureux de rentrer à la maison après un séjour à l’étranger (sentiment que ceux qui n’en n’ont pas ne connaissent pas).

Gabou va bien, il s’est très vite reconnecté à moi, en commençant déjà par se frotter pendant deux bonnes minutes à tous mes vêtements, histoire d’être sûr qu’on fait toujours bien partie de la même équipe. Après lui avoir présenté avec joie les 4 nouveaux jouets et 3 nouveaux paquets de friandises que son maître avait été chasser pour lui (explication de mon absence), il s’est couché avec un grand soupir qui en disait long sur le calme que ma présence lui apporte. Excuse-moi encore Gabou mais ceci était aussi pour ton bien.

Donc 3 jours intensifs à la clicker expo 2014. Par où commencer ? Peut-être par ce que j’ai le plus apprécié.

Déjà le lieu. Dans la banlieue de Manchester, je ne m’attendais pas à être accueilli dans un si beau site. Un hôtel vraiment à la hauteur de l’événement. 

Pour poursuivre, l’organisation était au top. Confort, timing,  une quinzaine de volontaires, une dizaine de techniciens, on sent l’expérience à l’américaine.

Ensuite, la qualité des intervenants, Cécilie Koste, Ken Ramirez, Michele Pouliot, Eva Bertilsson, Emeilie Johnson-Vegh, Kay Laurence et Karen Pryor. Tous de très grands techniciens dans leur domaine mais avant tout de formidables conférenciers. Les américains ont ce truc particulier en plus (confiance en soi, expérience, jeu d’acteur) pour faire le show, capter votre attention, vous faire rire tout en diffusant une quantité d’informations impressionnantes à la minute. 

 

Vendredi :

9h00 : Nous sommes accueillis chaleureusement par Aaron Clayton et Karen Pryor dans une très belle salle remplie par 335 participants venus de 24 pays… L’enthousiasme et la bonne humeur sont présents. Après une introduction sur l’histoire du Clicker Training, Karen nous parle de sa carrière.

10h30 : Première conférence avec Ken Ramirez « Modifier Cues & How to Teach Them ».  Il a introduit ce thème avec ce qu’il nomme le « Concept Training » puis nous a montré comment enseigner un signal modifiant. Il ne s’agit pas uniquement d’apprendre à son chien à répondre à un signal comme gauche, droite, petit, grand, rouge, vert mais de lui permettre d’en acquérir une interprétation subjective. Plus grand que quoi ? Plus à droite que quoi ? Nous avons pu voir une série de vidéos assez impressionnantes. Ken est définitivement un entraineur très qualifié. Le chien apprend à toucher un objet plus petit qu’un autre, mais l’objet qui était considéré comme Grand lors d’une première séance d’entrainement devient le Petit lors d’une deuxième, il démontre cognitivement que le chien a saisi le sens du signal modifiant. Puis il a fini son exposé sur l’apprentissage par imitation. Il travaille depuis une quinzaine d’années sur ce concept, de façon assez similaire à ce que fait le Dr. Claudia Fugazza, à part qu’il se concentre davantage sur l’apprentissage social intra-spécifique. Son activité se déroulant dans les parcs aquatiques, on se doute bien que ce genre de concept est très utile pour apprendre une chorégraphie à plusieurs dauphins. Passionnant, ça commence très fort !

14h00 : Kay Laurence et « le bénéfice de savoir observer les comportements ». Kay est éleveuse et éducatrice depuis 30 ans. Une belle personne, pleine d’humour à l’anglaise et d’amour pour les animaux. On s’éloigne de la technique pour rentrer  dans l’âme du chien. « We should not be trying to change dogs, but change the world in wich they live ». Un bon maître est celui qui répond aux besoins de son chien. Son premier but (en terme d’apprentissage) est de perfectionner ses techniques de chasse (c’est son instinct). Il ne renifle, ne creuse, ne surveille, ne court, ne déchiquète, ne mord pas par hasard. Lorsqu’on interagie, joue, promène son chien, si l’on veut toucher cet extra plus, cette connexion supplémentaire, n’oublions pas le point de vue du chien. Je m’éloigne totalement de son sujet lors de la conférence mais voici ce que Kay m’a inspiré.

16h00 : « Renforcement négatif et Extinction » par Karen Pryor. Une personne sensible, accessible et très professionnelle. « Et oui », le renforcement négatif est partout, tout le temps et ce n’est pas un « gros mot ». Lorsqu’il pleut, nous avons tendance à aller à l’abri ou prendre un parapluie. Lorsque quelqu’un marche vers nous et qu’il n’y a pas la place pour deux, nous avons tendance à nous écarter (donc perdre du temps) pour le laisser passer et « cette galanterie » a été renforcée négativement. Allez, on va dire positivement si la personne nous a dit « merci ». Il est préférable de connaître ces différents principes scientifiques sur le bout des doigts plutôt que de les ignorer car « ils ne sont pas positifs au sens propre ». Une très belle conférence, illustrée par de nombreux exemples !

L’extinction : Un comportement n’est jamais vraiment éteint, ni oublié. Il est potentiellement toujours présent et peut resurgir “back up”. Ken Ramirez lors d’une autre conférence a dit que certains comportements (laisse, rappel) devront être renforcés à vie.

18h00 : Bon, on est en Angleterre, c’est le temps de faire le point au Pub.

21h00 : mince j’ai trop bu.

 

Samedi :

9h00 : Cue & Cueing par Kay Laurence. Super !!! On croit toujours savoir l’essentiel mais c’est dans le détail que l’on apprend. Kay présente le sujet avec un tas de vidéos qui mettent bien en évidence toutes les erreurs que l’on peut commettre. Bien sûr, elle a abordé toutes les étapes pour ajouter un signal correctement mais aussi les problématiques que l’on peut rencontrer avec le clicker, les différents signaux que l’on envoie et qu’il faudra prendre soin de distinguer et de supprimer (environnementaux, gestuels, corporels, visuels, intonation, clic). Distinction – généralisation…

11h00 : C’est parti pour mon premier Lab (atelier) sur le même sujet avec Kay Laurence. C’est avant tout une personne qui a des années de maîtrise et la façon dont elle a géré l’ensemble de sa classe (chiens et propriétaires) était à tomber par terre. On avait bien sûr le border méfiant, le boxer qui ne connaît que le mode travail dans ce genre d’environnement « maman je te fixe, je te fixe, je te fixe, je suis couché et je te fixe, qu’est-ce que tu attends », le labrador sauteur et joyeux « pleins de dopamine » qui n’en revenait toujours pas d’être ici avec 8 chiens et 90 spectateurs (le rôle de sa vie)… En 10 minutes, grâce à son expérience et une maitrise totale de la psychologie humaine et même si l’un des maîtres a du passer 1 heure debout en position déhanchée et que certains ont dû ranger leur pochette à friandises… tout ce petit monde animal a fini « limite » couché le ventre en l’air. J’ai tellement appris, merci Kay Laurence… Puis la pratique consistait à ajouter un nouveau signal (objet) à l’exercice « assis ». Je ne rentrerai pas dans les détails, mais j’ai appris de super tricks pour aider les chiens à accueillir correctement et ne pas sauter sur les visiteurs.

14h00 : « Reward Ends, Then What ? » par Eva Bertilsson & Emelie Johnson-Vegh. Très intéressant même si j’ai parfois un peu de mal avec ce genre de sujet, où la compétition, la technique, le perfectionnisme, m’éloignent un peu du pourquoi j’aime tant les animaux. Néanmoins il s’agissait d’un sujet passionnant et assez peu traité, sur comment peut-on distribuer les récompenses afin de mettre le chien dans la meilleure disposition possible pour recommencer l’exercice ou ajouter de la durée. Et je peux vous dire que ces deux techniciennes et compétitrices vont très très loin dans leur analyse. On ne parle pas du « jeter la récompense au sol pour permettre au chien d’exécuter à nouveau un comportement». Technique mais passionnant !

16h00 : Table ronde / Q/R avec l’ensemble des interlocuteurs.

Au top ! Questions posées sur le double click VS single clic (référence à la conférence SPARCS et la démonstration « neuro-chimique » que la promesse certaine d’une récompense est plus forte que la récompense en elle-même « les toxicologues connaissent bien cela »). Questions sur l’apprentissage social par imitation intra-spécifique et sur la possibilité de ruiner l’association positive faite du clicker lorsqu’on l’utilise sur un chien peureux dans un environnement néfaste. Sujet largement débattu dans notre communauté. Car oui lorsqu’on clique, on ne renforce pas l’émotion mais bien un comportement (de remplacement si possible). Mais, même si l’on cherche à travailler en stratégie opérante, le conditionnement classique est toujours derrière nous. Donc pour Ken Ramirez, il y a bien un risque, lorsqu’on utilise le clicker et des renforçateurs uniquement dans des situations où le chien passe un mauvais moment (environnement déplaisant : cours collectif, présence de chiens, croisement de chiens).  Ainsi on peut finir par créer une association négative avec  cet outil, voire même un renforçateur.

 

Dimanche :

9h00 : Doggie Zen Lab avec Cecilie Koste.

Encore super ! Comment travailler le « self control » en shaping et en offrant le choix au chien. « Doggie Zen », « Power of Choice », « It’s your Choice », « BAT for puppy »…peu importe le nom donné, il s’agit bien d’observation, de shaping et de Premacke Principle. Je ne m’étalerai pas sur le contenu car j’envisage de faire un de ces jours une journée workshop sur ce type de méthode mixé avec le BAT 2.0 pour aider les chiens à gérer frustration et réactivité.

11h00 : Ken Ramirez « Oops ! What to Do When Mistakes Happen ».

Ken a commencé par une présentation type LIEBI Model (Least Intrusive Effective Behavior Intervention For Training) et a honoré le travail fait par Dr. Susan G. Friedman « Hierarchy of Procedures Map ». En effet, on ne peut pas toujours éviter l’utilisation d’une punition et oui la punition fonctionne. Du moment où l’on dit non, que l’on répète un signal avec une intention différente, que l’on tire sur la laisse, que l’on utilise un équipement spécifique (type harnais d’éducation), que l’on ignore ou réalise un « time out » avec un mauvais timing (ce qui est, je vous promets, pour avoir vu comment Ken utilise un outil comme le LRS, le cas de beaucoup d’entre nous) et surtout que cela fonctionne rapidement (baisse du comportement), c’est forcément que le chien a vécu une expérience négative à un moment ou un autre face à ce type de signal. On a donc étudié beaucoup d’outils (NRM ou comment conditionner un marker pour les mauvaises réponses « loupé »), les signaux delta  (HéHé, Non), les Time out, les renforcements négatifs, LRS (Least Reinforcing Scenario/Stimulus – ignorer les mauvaises réponses), la redirection, DRA, DRI, DRO, DRL.

14h00 : « Agression : Treatment & Context » avec Ken Ramirez

Intro sur l’agressivité (éthogramme du chien, réactivité, génétique, comportement appris, etc). Il nous a reporté la méthode qu’il utilise toujours avant la mise en pratique (comprendre le scénario, reconnaître le déclencheur, utiliser les outils de redirection, éviter la production de comportements agressifs, prendre des notes pour prévenir les accidents). Puis il a passé en revue les méthodes pratiques reconnues pour traiter l’agressivité (LAT, CAT, BAT, Click to Calm, DRI, Watch me, U-turn, Emergency Recall) en précisant la science qui se cache derrière chacune de ces méthodes, leurs avantages et inconvénients. Kay Laurence et Ken Ramirez ont, à travers plusieurs présentations, pu confirmer une opinion celle que le plus important dans l’agressivité est d’éviter à tout prix la production de comportements agressifs (auto-renforçateurs). Il n’y a pas de doute qu’il vaut mieux changer de route, faire demi-tour, promener son chien réactif aux bonnes heures que de le piéger dans un mauvais environnement même sous prétexte que l’on cherche à travailler en méthode positive.

16h00 : Creativity par Karen Pryor.

Comment motiver un animal à proposer des comportements et renforcer sa créativité. Inspirant !

Voilà c’était top, c’était avant tout un rendez-vous entre passionnés. J’ai rencontré, dans une ambiance chaleureuse, sans conflit ou préjugé, plein d’éducateurs motivés, de juges internationaux, vétérinaires, chercheurs, directeurs de zoo et cela m’a fait un bien fou. J’espère pouvoir insuffler un peu de tout cela en France lors de DogEvent 2015. Karen Pryor était enchantée d’apprendre que nous avions convié Susan Friedman, Ken Ramirez et Kathy Sdao en France. Pour finir, je reprendrai l’un de ses slides, « We are changing the World. It just takes time…».